Oiseaux des roselières

La phragmite ds joncs (acrocephalus schoenobaenus)

Chacun sait à l’énoncé du mot roselière qu’il est question d’un type particulier de végétation, associé aux étangs, à certains marais et parfois aussi aux canaux. Dans notre imaginaire, cette formation végétale les ceinture, à tout le moins borde leurs berges sur tout ou une partie.

Les plantes qui constituent la roselière peuvent être de plusieurs types.

En formation homogène dense, la roselière a pour nom phragmitaie quand il s’agit de phragmites, littéralement « des sortes de roseaux » ; c’est donc par simplification que les phragmites sont appelés communément roseaux.

Son nom botanique en latin est phragmites australis, le phragmite austral ; dans la classification des plantes, il fait partie de la famille des poacées, une variété de graminées à longues feuilles, dont les épis peuvent atteindre 2m de hauteur. Dotés d’un puissant rhizome traçant, les phragmites participent au maintien des berges. Fauchées, leurs tiges vigoureuses peuvent servir à fabriquer des clôtures, d’où l’étymologie grecque de son nom qui désigne une palissade, une clôture.

En association avec d’autres plantes, on utilise les « roseaux » en phyto-épuration, notamment pour filtrer les eaux usées. Ils sont d’une grande efficacité à cette fin.

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Busard des roseaux mâle dans son habitat, étang de Lachaussée, Meuse le 20 avril 2023.

De nombreuses espèces d’oiseaux ont investi les roselières où elles se sont parfaitement adaptées ; qu’il s’agisse de quelques ardéidés, ou de passereaux paludicoles, tous trouvent dans ce milieu particulier, à la fois de quoi se nourrir à discrétion et un lieu secret où ils pourront dissimuler leur nid et élever leur progéniture avec une certaine sécurité.

Crabier chevelu, halte migratoire étang de Privezac, Aveyron, le 1 mai 2019 à 8h02.

Parmi les passereaux des marais inféodés aux roselières, il en est plusieurs qui se font remarquer non pour la beauté de leur plumage, d’aspect généralement uniforme, -à quoi beau se montrer si ce n’est point pour être vu -, mais pour leur chant prolixe.

Phragmite des joncs, baie du Mont St Michel, roselière de Porteaux Manche

La phragmite des joncs (acrocephalus « à tête pointue » de son appellation scientifique) est singulière à bien des égards ; curieusement dénommée puisque son nom combine celui de deux plantes, elle attire l’attention au printemps par d’interminables vocalises d’une complexité rythmique qui ne cesse d’étonner.

Le comportement du volatile s’exclamant, qu’il soit posé ou en vol, est à l’image de son chant : exubérant ! le qualificatif est faible au regard de l’activité incessante de l’oiseau-cascadeur qui est capable de vocaliser à tue-tête pendant plusieurs dizaines de minutes sans s’interrompre ou presque, ne s’accordant que quelques instants de chasse entre les deux ou trois postes de tirade qu’il a privilégiés sur un territoire restreint mais ô combien farouchement gardé.

L’enregistrement suivant provient d’une captation réalisée dans la dernière décade d’avril à l’entrée du hameau de Porteaux dans le département de la Manche. D’autres phragmites, à distance respectable, faisaient montre « d’une activité volcanique ». A cette période de l’année, l’attitude éruptive de notre oiseau, à l’instar de ses congénères, donne le sentiment qu’il joue en ces instants cruciaux « le jour de sa vie ». A peine revenu de ses quartiers d’hivernage subsahariens, il lui faut le plus tôt possible trouver partenaire ! Il doit alors sortir le grand jeu, en se mettant en évidence le long d’une tige de roseau ou mieux à quelques mètres de hauteur sur une branche de tamaris où il pourra arroser les alentours de salves éraillées, n’hésitant pas au bout d’un moment à se lancer dans les airs tout en chantant avant de retomber à quelques longueurs de là au milieu de la roselière. Le manège recommencera à l’identique pendant une grande partie de la matinée. C’est à cette occasion, que l’oiseau se laisse voir plus volontiers, révélant en particulier ses larges sourcils blanchâtres.

Face à la baie mythique du Mont Saint Michel, une phragmite des joncs exulte de joie, damant le pion aux passereaux du voisinage, rouge-gorge, moineaux, et troglodyte compris ; plus éloigné, on entend un merle « de charme ». A la fin de la séquence, un ramier s’envole en applaudissant. Porteaux, le 23 avril 2024 à 10h27, extrait.

Les variations d’une intense narration, ainsi qu’un comportement singulièrement volubile expriment, chez la phragmite des joncs, une force de vie qui a de quoi impressionner un auditoire exigeant, qu’il s’agisse d’une femelle courtisée, d’un voisin dont il faut se distinguer ou, anecdotiquement, d’un naturaliste de passage amateur de sensations fortes…

Attention aux yeux, une météorite d’une vingtaine de grammes va s’éjecter du milieu de la végétation à 22 secondes !

 Un an plus tôt, au jour près, mais à environ 600km de Porteaux, une phragmite  des joncs a élu domicile dans une portion de roselière bordant l’étang de Lachaussée dans la Meuse.

phragmite des joncs , foulques macroules, rossignol, oies cendrées… roselière de l’étang de Lachaussée, Meuse le 22 avril 2023, extrait.
Nicheuse rare dans le sud de la France, la phragmite des joncs a son aire de reproduction le long du littoral Ouest et à l’intérieur des terres, pourvu qu’elle trouve le milieu favorable comme ici le long des berges de l’étang de Lachaussée, dans la Meuse.

Denis Wagenmann, le Puech le 25 octobre 2024

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