« La grenouille qui murmurait à l’oreille d’un roi »
(Fable audio-naturaliste et philosophique)

« Préambule à l’énergie de la Parole »
Depuis que l’humanité existe, il n’y a eu de culture passée qui n’ait été admirative des animaux. Dotés d’un grand pouvoir d’évocation, les danses et les chants aviens par exemple, ont grandement influé sur les productions anthropiques. Considérant que l’empreinte animalière pouvait être porteuse de messages venant de mondes invisibles, les sociétés tribales d’abord puis les civilisations naissantes ou plus avancées, toutes ont traduit – d’une manière ou d’une autre -, son omniprésence, dans leurs activités quotidiennes, artistiques ou cultuelles.
La fable qui va suivre nous a été inspirée par l’un des tout premiers textes antiques, sinon le premier, où il est question d’un certain genre de grenouilles. Il ne s’agit pas d’un traité de zoologie, même si on va le voir, la vie de ces animaux fascinants est concomitante à celle des humains qui ont partagé le même habitat et les mêmes occurrences vitales.
Ce récit, dans son apparente naïveté d’écriture, fait écho à l’héritage spirituel et artistique sans prix des premières grandes civilisations, en particulier la civilisation védique (1), qui ont marqué de façon indélébile l’histoire de toute une partie de l’humanité.
Dans ce conte à l’allure quelque peu rocambolesque, parfois décalé, notre propos, ayant motivé la présente recherche, a été de faire se croiser le cheminement de la pensée spéculative des derniers millénaires avant notre ère et son analyse à travers les observations naturalistes qu’ont pu réaliser sur leurs propres lieux de vie, jour après jour, les hommes et les femmes de ces périodes reculées.
En ces temps-là, ce qu’on appelle aujourd’hui la nature – de fait son expérimentation phénoménale, faisait partie intégrante de la vie quotidienne jusqu’à pénétrer profondément la manière de penser le monde : d’une part, le macrocosme, c’est-à-dire le cosmos et son fonctionnement, et d’autre part le microcosme, concrètement les rites cultuels et l’organisation de la société dans son ensemble, ainsi que les lois la régissant. Mais il faut comprendre que le macrocosme et son corollaire microcosmique n’étaient pas séparés dans la conception que s’en faisait la pensée antique. Le temps, suivant le rythme des saisons, était l’ordre naturel de la marche du monde, sa valeur incommensurable quelle que pût être sa subtile agogie (2). Savitri (3), l’incitateur dans la pensée védique, réglait le déroulement des jours et des nuits, selon les battements de son cœur en fusion. Juste fondre en flammes -obstinément- tel était sa destinée ultime.

Seules les éclipses faisaient accroire aux esprits terrorisés que les ténèbres pouvaient avaler le jour.
Dieux et asura (4) (prononcer « assoura ») n’étaient pas encore ces bas-reliefs pittoresques figés dans le stuc des temples, les premiers à être érigés en Inde datant seulement du V ième siècle de notre ère.
Tous tant ils sont, se ressemblant à bien des égards, pouvaient continuer à se battre comme des chiffonniers, à l’image des hommes, leur copie conforme, à moins que ce fût l’inverse. Il fallait bien que l’ennui se rompît, de préférence avec pertes et fracas épiques. Et puis, au fond, peu importait qu’un monde s’écroulât, puisqu’un autre adviendrait.
De tout temps, avec parfois la bénédiction des dieux, des hordes et des légions télécommandées par des mâles à l’hubris démesurée, ont guerroyé envahissant des contrées entières, dévastant tout sur leur passage. Les civilisations que l’on dit grandes, les unes sur les autres, se sont battis sur des ruines fumantes.
Ainsi semble aller la vie des hommes : de construction en destruction, de reconstruction en nouvelle dévastation, inscrite dans une boucle sans fin.
Pour autant, l’éternité est un leurre dans lequel s’engouffre celui dont la vie l’ayant rendu servile de ses envies inassouvissables, ne voit pas passer le temps. Courant seconde après l’autre à la poursuite de chimères, il s’étonne à l’article de la mort : « ah, la partie est déjà finie ? » Le regret a pour sœur l’amertume. Tous deux, se mordant les lèvres au sang, ensemencent des terres infertiles.
Il est cependant des êtres qui échappent à la folie laquelle se répandant de proche en proche, fait tache de sang. Ceux-là prennent une autre voie qui « n’ayant pas de nom, procède du ciel de la terre. Elle est Mère de toutes choses ». « le ciel dure, la terre persiste. Qu’est-ce donc qui les fait persister et durer ? Ils ne vivent point pour eux-mêmes. Voilà ce qui les fait durer et persister. » (Tao tê king)
Sur cette voie mystérieuse, la nature, aux yeux de ceux qui la connaissent intimement, en la pratiquant comme on pratique un art, c’est-à-dire patiemment et assidûment, ne peut être dissociée de la conscience et de l’attrait de celle-ci pour sa beauté intrinsèque ; elle n’est pas cet objet de consommation jetable qu’elle est devenue aux yeux de sociétés amnésiques lesquelles rament à vue, la boussole à l’envers, la grande voile en berne, perdues sous une nuit sans étoiles.
Prosaïquement, Descartes avait lancé à la cantonade « je pense donc je suis ! » ouvrant la voie à l’emphase égotique et à la toute-puissance du moi-je. Son « discours » fût sans nul doute cogité « méthodiquement » quand il prôna une science universelle, mathématiquement fondée, capable de rendre les hommes « maîtres et possesseurs de la nature ». Assertion qui fait frémir quand on sait le succès planétaire qu’elle a encore aujourd’hui auprès des artisans du productivisme effréné. Se prévalant de bon sens, il eut mieux valu que de pensées le célèbre rationaliste n’eut point, le jour où il affirma que de conscience l’animal était dépourvu.
A ainsi « couper les ailes en quatre », les tenants du cartésianisme radical, férus de dissection, ont imposé au reste du monde une vision décharnée de la réalité sensible, plaçant l’Homme au pinacle, oublieux du règne « animalia » auquel ils appartiennent indubitablement.
Quant à Icare, son ombre calcinée plane encore au-dessus de nos mégapoles arrogantes, à moins qu’elle se soit rendue à languir dans leurs dédales immondes, telle une âme vagabonde à la recherche de sa patrie perdue.
D’autres êtres plus subtils, arpentaient dans le secret, des chemins escarpés mais autrement plus lumineux : « L’on est ce que l’on sait ». ya evam veda (formule ou mantra provenant de la taittiriya aranyaka).
Saviez-vous qu’au pied d’un grand chêne fourmille foisonnante la vie microbienne, et aux étages supérieures, accrochée à ses branches, telle une oriflamme flottant au vent, la vie du ciel, que souffle une brise, que chante un oiseau, gaiement ?
Nombreux étaient les poètes par le passé à avoir loué magistralement la nature phénoménale et, par-là même, les forces qui la gouvernent, en affirmant implicitement la préséance de la parole.
Ainsi Victor Hugo, dans les Contemplations, « à madame D.G. de G. » livre 1
« La nature éternelle, et les champs, et les bois,
Parlent à ta grande âme avec leur grande voix ! »

le Puech le 09 septembre 2019.

Propre aux êtres doués de langage, cette faculté de dire, incluant il va de soi le silence qui en est le climax, plus que toute autre forme d’expression, était peut-être le moyen le plus sûr de dépassement de soi, en cela qu’il permettait d’atteindre une forme d’absolue perfection, état qu’il convenait de traduire dans le moindre geste de tous les instants, consciemment et scrupuleusement.
Des musiciens, des peintres aussi, nous ont donné à entendre et voir la nature de façon stupéfiante. A nos enfants, le plus tôt possible, faire écouter, lire et admirer leurs chefs – d’oeuvre est un devoir. Pour que leur esprit s’ouvre à la beauté mystérieuse du monde. Ou plutôt des mondes, ceux qui nous sont visibles mais qu’il est nécessaire de décrypter correctement pour bien les comprendre et ceux restant encore à découvrir, qui sont, sans doute, le moteur caché des premiers.
Les rishi et les kavi (5) qui vivaient quelque part dans le Nord-Ouest de ce qui ne s’appelait pas encore l’Inde, 1500 ans avant notre ère, ne différaient que par leur statut social. Ils étaient de ces poètes-là, brillants. C’est-dire inspirés, comprenez ceux qui savent et donc qui voient, tel est sens du mot veda. De la racine Vid- « voir » laquelle, nous rappelle l’indianiste Michel Angot, a donné en latin le mot Vid-éo.
Ces bardes se devaient d’être inspirés, car il n’était pas rare qu’ils se rencontrassent, concourant à l’occasion de joutes oratoires particulièrement prisées, au cours desquelles, la parole sacrée devait être entendue puisqu’elle leur avait été, à eux et à eux seuls, dévoilée.
Quel pouvait être le vainqueur, si tant est qu’il y eût un vaincu, de ces confrontations de haut vol ? N’était-ce pas une façon d’approfondir la question pertinente du sens du temps, de son origine, de sa finalité non pas pour en savoir davantage, mais pour explorer plus largement le moindre de ses tréfonds ? La réponse est dans la question, dit-on, l’important étant d’être sur le chemin !
A quoi tous ces « borborygmes célestes » pouvaient-il bien mener ? A saisir que le Silence se suffit à lui-même ; qu’il est le point d’orgue paroxystique de la Parole, comme il est la résolution de toute musique née en son sein. Le silence fait naître la pensée, c’est en faisant le vide en nous, en se défaisant du conformisme des croyances et de leur doxa -, qu’abondent les idées les plus créatrices.
Le silence eût l’idée du son. Et pour qu’il ne fût point brouhaha insupportable, les rapports harmoniques en découlèrent naturellement. Du même ordre : pour que dans l’espace se projetassent les étoiles, le firmament dût se remplir du vide ; pour que lumière se fût, il fallut que nuit se répandît. Le temps organisa le reste, le commencement, la durée et la fin de toute chose.
Ce savoir – au fond destiné à se faire savoir -, leur ayant été révélé de la bouche même des dieux, il était de leur devoir puisqu’ils en étaient les dépositaires, de le transmettre aux autres hommes, à commencer par leur propre descendance. Aussi, cette somme orale considérable que représentait la révélation (de la connaissance), il fallut d’abord la mémoriser pour ensuite la réciter, et enfin plus tard, la consigner par écrit sous la forme « des quatre Veda » dont le plus ancien est le Rig Veda « le savoir des chantres védiques ».
L’ensemble révélé des textes védiques (6) sous sa forme orale, y compris d’autres plus tardifs (7), constitue, – ce n’est pas le moindre de ses intérêts-, la shruti littéralement ce qui a été « entendu », tandis que la rik samhita « collection des strophes » ayant été commenté est appelée la smriti, littéralement la mémoire.
Autrement dit, avant d’être intellectualisé, analysé, commenté, le savoir qui a été ouï, est d’une nature sensible, c’est-à-dire se devant d’être ressenti par celui-là même qui l’a reçu dans ses fibres jusqu’à irriguer son cerveau, imprégnant ses cellules vibrantes aussi intimement qu’un échange gazeux, du dehors vers le dedans et inversement, se répand dans une alvéole pulmonaire !
Quel est ce Savoir qui est entendu avant d’être su ? Serait-ce celui d’une Conscience d’un Etre de Béatitude – saccidānanda (8) – dont la Respiration d’où émane le souffle de la Parole – vac – (9), s’étendrait à toute chose dans un seul Corps, de l’animalcule à l’étoile ? L’univers dans son entier ne serait-il pas mû par un système autonome incommensurable, dont la phase d’expansion correspondrait à une lente inhalation entraînant les galaxies vers un infini lointain… ? Un hyphe filamenteux, multi dimensionnel, telle une toile patiemment ourdie ne les relierait-il pas entre elles par des faisceaux d’énergie formant d’intenses courants gravitationnels ? Au bout du vide sans fin, contractée et retenant son souffle, la Nuit vertigineuse exhalerait à nouveau le phonème sacré oṁ (10) comme une sorte d’onde radio fondamentale – en soi concentrant tout chose -, tandis que sa longue chevelure d’ange se dénouant, libérerait une lumière invisible dans l’espace sidéral…

le Puech Cantal le 24 août 2026 à 20h32.
Se pourrait-il que dans notre sommeil, la Nuit épanchée sur notre couche, approchant ses lèvres à notre bouche nous insufflât sa Parole vermeille, sans que nous le sachions ?
« Mais, dans son immensité insécable,
D’Ombre vêtue, la Nuit indéchiffrable
Ne saurait – à l’ennui – se résigner ;
Fût-ce par un baiser d’éternité. »
Posons-nous donc la question sans craindre la réponse : « qu’avons-nous fait de cette parole divine ? »
Rabindranath Tagore, l’un des rishis de l’Inde contemporaine, écrivit magnifiquement :
« Je ne puis trouver le repos. J’ai soif d’infini.
Mon âme languissante aspire aux inconnus lointains.
Grand Au-Delà, ô le poignant appel de ta flûte !
J’oublie, j’oublie toujours que je n’ai pas d’ailes pour voler,
Que je suis éternellement attaché à la terre. »
(extrait tiré de « l’Offrande lyrique »)

Et aussi Victor Hugo :
« … dans les champs,
Nous cherchons le sentier du pâtre et du poète ;
Dans les bois, la clairière inconnue et muette
Où le silence éteint les bruits lointains et sourds.
L’oiseau cache son nid, nous cachons nos amours. »
( Les Contemplations )
De telles paroles universelles, d’une profondeur sans pareille, ne devraient-elles pas être apprises de tous les écoliers de la terre, sustenter quotidiennement leurs âmes captives, comme le nectar d’une fleur abreuve l’abeille ?

L’immense corpus védique renferme, pour une grande part, des poèmes hymniques à l’adresse des dieux, car un dieu ne suffisant pas, il en fallut plusieurs et même beaucoup. Mais il ne s’agissait pas de polythéisme pour autant – les images cultuelles n’étant pas usuelles en ces temps-là pas – , mais plutôt d’un constat que la parole consacrée, rendant compte de l’unicité de toute chose, ne pouvait être que polymorphe.
Un seul dieu ayant été passablement ennuyeux – une pléthore encombrante-, il ne fût pas nécessaire d’ériger de temple ni d’établir une liturgie complexe, du moins au commencement. Les cérémonies avaient lieu en extérieur et le sol pouvait proprement servir d’autel ; les dieux invités à y prendre part s’asseyant auprès de nous, sur un coussin d’herbes sèches.
Puisque la parole divine « bien entendue » fût récitée d’abord, il fallut ensuite la rédiger le plus fidèlement pour la conserver au cas où sa mémoire se perdît. Ce furent les brahmanes lettrés qui s’en chargèrent, la rédigeant dans la langue céleste autrement dit « parfaite » du sanskrit védique. Cette langue qui n’est pas sans difficulté à traduire tant celle-ci est d’une complexité redoutable. Qu’il s’agisse de sa grammaire qui utilise un grand nombre de cas ou de sa syntaxe qui offre une grande liberté de composition dans la phrase. Du reste, l’emploi important de figures de styles ajouté à celui d’une sémantique à double voire triple sens, ouvre la voie à des passages entiers relevant de l’énigme. Au sens littéral, en maints endroits, parfois en des pans entiers, se juxtapose en filigrane un sens caché, sinon ésotérique, à tout le moins sous-jacent.
Jouer avec les mots nés du vent bruissant dans les roseaux ou des éclats de rire du ruisseau, les recomposer sous l’effet d’une excitation non dissimulée pour leur donner un autre sens, un sens nouveau qui explore des territoires imaginaires, forcément féconds, telle nous semble être l’activité « fébrilement patiente » du poète à l’écoute des mondes.
Mais là n’est notre propos ou… plutôt si. L’hymne (sûkta prononcer soukta) védique que renferme la fable en est le prétexte narratif et l’argument discursif. En effet, cet hymne a de quoi surprendre justement en ce qu’il donne « la parole » aux grenouilles. En fait, ces animaux à la biologie si particulière, si l’on y regarde de plus près ont été dans l’antiquité notamment du côté des orients (voir bibliographie), au centre de spéculations, de mythes et de créations littéraires, sans compter les ouvrages d’art (11) érigés en leur honneur, qui les ont mis en valeur de façon souvent inattendue, à tout le moins osée.

Le Mas Antonelle Camargue le 14 juin 2020.
Dans l’hymne védique en question, les grenouilles sont comparées de façon récurrente aux prêtres officiants. De fait, elles sont bénéfiques. Et surtout, elles font partie de l’univers des humains, ce qui rend ces derniers qui les ont observés attentivement des naturalistes avant l’heure. Il faut admettre que par nécessité, les hommes des temps archaïques ont été plus proches des animaux au sens physique du terme, partageant la rudesse de leurs vies, que nous ne le sommes aujourd’hui, plus proches aussi des plantes qu’ils connaissaient parfaitement pour leurs propriétés médicinales et culinaires. Le soma (12) et sa préparation dans le culte védique sont un élément clef de toute la rhétorique sacrificielle.
Ce qui est remarquable, c’est qu’un certain nombre d’animaux ont été élevés au rang de divinités ou étaient la représentation figurative dotée de pouvoirs magiques qu’on ne prête habituellement qu’aux dieux voire à des humains ayant trempe de super-héros.
Qui plus est, les représentants des anoures dont font partie les grenouilles et les crapauds, ne pouvaient pas ne pas attirer l’attention de ceux qui vivaient à leurs côtés, en raison de leurs chants particulièrement sonores pour certains, émis à la période des amours.

Le Bouyssou Cantal le 22 avril 2022.
Et quand on sait l’importance de la parole comme principe divin essentiel (le brahman) (13) dans l’univers védique, il n’y avait aucune difficulté à associer dans la pratique rituelle, les grenouilles, pour ne citer qu’elles, et les prêtres (les brahmanes), tant ils ne faisaient qu’un, quitte à forcer la comparaison flatteuse d’officiants amphibiens.
L’occasion était trop belle de les rapprocher dans un conte abracadabrantesque où naturalisme, plus particulièrement audio-naturalisme et réflexion philosophique, feraient ensemble bon ménage.
Extrapolons l’emploi de voix d’anoures indiens, en les remplaçant par celles enregistrées ici et là en France, car nul ne contestera que les anoures de par le monde, formant une grande communauté d’espèces, partagent beaucoup de points communs, en premier lieu, leur propension à se faire entendre !
La Découverte mare temporaire Aveyron le 21 février 2026 à 20h15
En ce qui concerne la traduction de l’hymne védique figurant dans la Fable, nous nous sommes appuyés sur les travaux d’éminents philologues sanskritistes français, en particulier deux d’entre eux, l’un et l’autre auteurs de nombreux ouvrages sur la pensée indienne voir bibliographie en fin de page) : le premier étant Louis Renou, un grand maître védisant dont l’œuvre a marqué de son empreinte toutes les études indianistes ultérieures et le second, Jean Varenne, professeur à la Sorbonne, à qui nous devons d’avoir appris les fondements du sanskrit classique.
Quand bien même, tout essai de traduction se devrait être au plus près de l’oeuvre originelle, parions que la traduction d’un texte ancien au caractère quelque peu hiératique, utilisant d’autres codes et tournures de pensée absconses, mérite qu’on tente une manière d’écrire, s’apparentant à une sorte de re-création et avant tout reposant sur la richesse de la langue de substitution.
En cela, l’emploi d’artifices poétiques apparaît être le procédé idoine pour abreuver au mieux la parole sacrée, celle qui est censée relier les flots à sa source.
La Fable

Le lac grand, massif de la Pinatelle, Cantal. le 27 mai 2023.
« Un jour, alors que le Rajaput Bakhat Singh méditait au bord d’une falaise de marbre, surplombant le fleuve Narmada (1), le dieu Shiva(2) aux multiples facettes lui apparut sous la forme de Mandoukâ(3) la grenouille.
Celle-ci s’approcha près du souverain qui ne s’aperçut pas immédiatement de sa présence. Le roi était profondément absorbé dans la répétition de mantra (4) en l’honneur de son dieu fétiche. Sa ferveur était d’une telle intensité que le tétrapode en avait la larme à l’œil.
Le souverain ayant terminé ses invocations sortit lentement de la transe dans laquelle il était plongé. Quelle ne fut pas sa surprise en ouvrant les yeux de voir à ses côtés le batracien divin, resplendissant de lumière, dont la peau lisse et luisante irradiait les entours.
Bakhat Singh, ne s’y trompa pas, comme un amant reconnaît sa bien-aimée au premier regard, il reconnut le dieu bienveillant à ses yeux ovales qu’une fine ligne horizontale prolongeait irrésistiblement à la naissance des orbites.
Il se prosterna derechef, et implora sa bénédiction en se jetant aux pattes palmées (5) de la divinité incarnée.
Le dieu débonnaire la lui accorda ; et pour remercier le souverain de sa fidélité, il lui demanda dans la langue des dieux (6) ce qu’il souhaitait.
En ces temps-là, une terrible sécheresse sévissait dans le pays ; la terre s’ouvrait en d’insondables crevasses, les plantes s’étiolaient, les oiseaux se taisaient. Des incendies de grande ampleur faisaient rage embrasant les forêts de tecks et de ficus millénaires. Tous les habitants mourraient de soif.
Mon dieu ! s’exclama le roi : je ne veux rien pour moi-même ; à votre vue, je suis comblé d’aise. Mais s’il est une faveur à mon peuple que vous puissiez dans votre immense mansuétude accorder, c’est par votre grâce infinie faire la douce pluie tomber, celle qui ramène joie et longue vie.
A ces mots, le dieu aux yeux globuleux pria le roi de se rendre avec lui au bord de la Narmada, à l’endroit où subsistait une source souterraine cachée entre les rochers.
Quand ils arrivèrent, les blocs de calcite s’ouvrirent par miracle laissant apparaître un conduit qui débouchait sur un vestibule cilié en forme de labyrinthe.
Mandoukâ invita le roi à la suivre. « Ecoute, lui dit-elle, nous allons entreprendre un long voyage au cœur de la terre et remonter le temps. Il te faudra être humble et faire preuve d’un grand courage. Ce que tu vas voir et entendre, rares sont ceux qui ont en eu le privilège. Car là, où nous allons nous rendre, en vérité celui qui voit entend, celui qui entend, voit.
Sache que celui qui voit par l’oeil droit entend l’infiniment petit, celui qui voit par l’oeil gauche entend l’infiniment grand.
Celui qui entend par l’oreille droite voit l’infiniment petit, celui qui entend par l’oreille gauche voit l’infiniment grand.
Celui qui voit et entend l’infiniment petit et l’infiniment grand, voit et entend le tout réuni en un seul corps.
Il devient libre celui qui voit, non fragmenté celui qui entend. Celui-là, le cœur rassasié, rejoint la matrice de tout ce qui est, a été et sera. »
Sur ces mots, Mandoukâ, entreprit le chemin. Sur ses talons, le souverain encore sous le choc de ce qu’il venait d’entendre la suivit non sans quelques hésitations. Celles-ci furent balayées d’un seul coup, au moment où ils pénétrèrent dans le conduit. Passé le seuil tubulaire de la grotte, en effet, ils furent aspirés à grande vitesse jusqu’à atteindre une sorte de coquille spiralée. Sur ses parois mouvantes qui semblaient être faites d’une peau couverte de cils, des cellules pulsaient une douce lumière à l’instar de lucioles s’ébattant dans le ciel de la nuit. Chaque éclair était un son vibrant, chaque son rendait une image. Les sons arrivant par vagues dessinaient tout un paysage animé. Raja Singh, était subjugué : tout lui semblait si clair, si précis.
Il ressentait une joie d’être comme il n’en avait jamais ressentie. Il était telle la première bactérie expérimentant dans sa membrane unicellulaire l’expression d’une vie naissante. Cela se passait il y a presque 4 milliards d’années, quelques bagatelles de milliards d’années après que la terre se fût formée…
Et là le miracle s’accomplit dans ses veines, les cellules allaient alors se multiplier d’abord par réplication puis en se complexifiant grâce à l’énergie produite par la photosynthèse (7). L’air obtenu par ce processus pénétra ses muqueuses, irriguant son organisme désormais pluricellulaire dans la moindre de ses molécules. C’était il y a 2 milliards d’années. Le temps nécessaire de développer ensuite des fonctions spécialisées comme la digestion. Car pour se reproduire en masse, il faut manger ! Apaisé, Bakhat Singh finit par se laisser porter comme une méduse dans un océan de douceur. Des mille et une nuit durant, son corps mou dansait parmi les algues, en s’évertuant tant bien que mal à garder l’équilibre au milieu des courants des profondeurs océaniques. C’était il y a 600 millions d’années.
Des millions d’année s’écoulèrent en une seconde. Et tout à coup, Raja Singh se retrouva, il y a 475 millions d’années et des poussières. Il était devenu ce premier vertébré sans mâchoire encore sourd dont il conservera bien plus tard la raideur protocolaire qui caractérise les dynasties royales empruntées.
La seconde d’après, il était ce monstre vorace hantant les ténèbres océanes en quête d’une proie dont il avait su détecter les mouvements depuis son repère, grâce à ses nouvelles capacités auditives limitées certes mais frisant tout de même les 800 hertz.
Cela dura quelques poignées de millions d’années encore. Le voilà, vers – 400 millions d’années en train de respirer sur les bords d’une lagune ; là il retrouva son amie la grenouille. Elle lui semblait différente avec une forme qu’il ne lui connaissait pas. Mais s’était bien l’ancêtre de Mandoukâ. Elle esquissa même… un sourire béat.
Il y avait de quoi : un super continent – la Pangée (8) – s’était formé il y a 370 millions d’années. Il était recouvert par de nombreux marécages ou était bordé de mangroves. Il y faisait très chaud et de nombreux animaux plus étranges les uns que les autres, apparus à cette époque du Carbonifère (9), s’empressaient d’occuper de vastes territoires prêts à être conquis.
C’était là parmi des salamandres géantes, des scorpions aux dimensions impressionnantes, des libellules à vue de nez d’un mètre d’envergure et des poissons avec des arêtes s’il vous plaît, que Mandoukâ fit son entrée sinon fracassante à tout le moins bondissante. Mais de sauter sur la terre ferme prit du temps : il fallut s’extraire de la fange initiale et apprendre à respirer à l’air libre avant de réussir sa performance la plus grande.
En effet, l’une des plus extraordinaires inventions cellulaires fût de se métamorphoser. Ainsi passer d’une vie aquatique à une vie terrestre n’était pas- en ces temps reculés – donné à tout le monde. Et bien réussir un tel exploit évolutif, les premiers batraciens, au prix de moult modifications anatomiques, l’avaient fait il y a 360 millions d’années ! (Applaudissez !)
Et ce n’est pas tout, Mandoukâ l’amphibienne se dota bien après cette révolution cellulaire, d’un organe spécifiquement dédié à l’audition qui, par la présence d’un tympan, n’était pas sans rappeler celui dont seraient pourvu plus tard les mammifères dont la branche émergea il y a 200 millions d’années.
Un autre miracle attendait Raja Singh : devenu grenouille, il entendait comme il n’avait jamais entendu. Même sous l’eau, les osselets de ce qui apparaissait désormais comme une oreille moyenne lui transmettait les rumeurs du monde qui arrivaient de partout par la voie des airs. A l’instar de Mandoukâ, son idole, il était ainsi devenu capable d’entendre et d’émettre, aussi bien sous l’eau que hors de l’eau, des fréquences sonores dans une gamme allant de 100 à 4000Hz. C’était il y a quelques 250 millions d’années. (Applaudissez encore !)
Raja Singh comprit qu’il avait fait lui aussi un saut dans le passé. Il remontait les épisodes de la saga de l’évolution à grandes enjambées. Des membres qui pourtant à cet instant précis lui manquaient encore, car il n’était pas – loin s’en fallait – ce resplendissant souverain mammifère qu’il deviendrait plus tard.
Mais alors qu’il n’existait pas en tant qu’humain, à peine était-il une vague idée, un soupçon virtuel, les oiseaux lui apparurent déjà en rêve… C’était il y a 150 millions d’années. Il savait en son for intérieur que tout ce qui sortait de l’imaginaire était vrai. Car quelque chose pouvait-il naître de rien ?
Pensez-vous qu’il n’y a que le réel qui soit vrai ? Eh bien écoutez l’histoire qui suit :
On raconte qu’un jour un homme était en train de marcher le long d’une rivière : le temps était aussi maussade que l’homme semblait préoccupé. A tel point que celui-ci marchait sans regarder ni la rivière, ni quoi que soit d’autre qui pût attirer son attention et le distraire de ses pensées lugubres. Il arriva près d’un pont où était amarré une barque. A proximité de l’embarcadère, ses yeux tombèrent sur une corde qu’il prit pour un serpent. Il sursauta et fit brusquement un pas en arrière qui le déstabilisa. Sans même pouvoir faire un cri, il tomba à l’eau et se noya.
Dans ce fait divers, le serpent n’existe pas, et pourtant l’esprit d’un homme censé peut être abusé par ce qu’il voit ou entend, surtout s’il prend pour vrai tout ce qu’on lui dit ou fait croire quand bien même c’est son propre esprit qui le trompe.
La fausse représentation avait dans son esprit les traits de la vérité. Mais, bien que l’homme eut une réaction somme toute naturelle, la conséquence malheureuse fût qu’il se noya vraiment. Ainsi est l’esprit de l’homme leurré par ce qu’il croit, pense, voit, entend… et surtout par ce que l’on lui fait croire, penser, voir, ou entendre. L’homme est vassal de lui-même en raison des images mentales fallacieuses qu’il s’imagine vraies, alors qu’elles l’emprisonnent ou l’égarent. Le sachant, les tyrans exploitent la faille par la peur et l’intimidation. Il leur suffit pour aliéner un peuple entier de maintenir chacun de ses sujets en servitude, avec un pistolet sur la tempe, ou en utilisant, pour lui faire perdre la tête -définitivement , un drone inquisiteur pourchassant le récalcitrant, nuit et jour, sans échappatoire possible.
Raja Singh, resta un instant songeur. Fort heureusement, les caméras indiscrètes et les cybercriminels n’existaient pas encore. Et surtout, l’évolution n’avait pas dit son dernier mot.
Certes, les colibris nectarivores viendraient plus tard ; il fallait du temps beaucoup de temps pour que le grand art pût advenir ; pour l’heure, c’est-à-dire il y a quelques 70 millions d’années, ce n’était encore que des petits dinosaures avec des moignons d’ailes qui leur servaient d’élégant propulseur car ils ne savaient pas encore voler. Mais l’idée était là, sous-jacente, en germe. Un gland sait dans ses gênes qu’il deviendra, plus tard un grand chêne. Cela lui donne la force de grandir. Ah alors battre des ailes pour aller plus vite, sentir son corps plus léger pour un jour décoller ! N’est-ce pas sensation merveilleuse et formidable projet d’avenir ?
Mais avant que rêve se réalisa, il fallut que cauchemar cessât. Car en ces temps-là, il y a 66 millions d’années, un événement majeur, appelé crise du Crétacé-Paléogène se produisit : la terre avait été percutée par un méga astéroïde venant des confins de l’univers, avec pour conséquence une disparition de la plupart des espèces animales à commencer par les grands dinosaures. Le lieu qui en a gardé la trace porte la marque de l’impact comme une cicatrice indélébile, il s’agit du cratère Chicxulub dans l’état de l’actuel Mexique.
Seuls subsistaient, rescapés du cataclysme planétaire, des petits animaux fouisseurs, certains oiseaux, des insectes et des acariens dont la tique surnommée la « draculine », celle que des chercheurs ont retrouvée fossilisée dans une ambre de Birmanie, il y a 99 millions d’années ! Mesurant quelques millimètres, elle était accrochée à une protoplume de dinosaure. Existant depuis 140 millions d’années, la famille des tiques, parmi d’autres, a su s’adapter aux multiples changements climatiques qui eurent lieu au fil du temps, pour autant qu’elle trouvât victimes à son goût.
La planète malmenée par d’intenses soubresauts était plongée dans des ténèbres qu’une épaisse couche de nuages de cendres d’origine volcanique avait créées. Le climat en était profondément affecté. Les ressources de nourriture manquaient cruellement, le froid intense sévissait. La vie ne tenait plus qu’à un fil auquel s’agrippa un groupe de mammifères de petite taille particulièrement résilients eux aussi qui donnèrent naissance, en l’espace d’une poignée de millions d’années, à toutes sortes d’espèces animales de la chauve-souris aux primates.
C’était il y a quelques 55 millions d’années…
Soudain, Rajâ Singh eut la tête qui se mit à tourner. Avaler des millions d’années d’un coup était trop pour lui. Il s’évanouit. Son esprit se mit alors à divaguer : un ectoplasme de tyrannosaure rex, porteur d’une multitude de tiques sanguinolentes, le chargeait, bien décidé à n’en faire qu’une bouchée. Pris d’une peur panique, le souverain finit par sortir de cette torpeur convolutive. Encore tremblant, lui qui n’avait « d’ieux » que pour elle, les ouvrit, espérant retrouver son amie mais, celle-ci avait bel et bien disparue.

Il entendit cependant sa voix qui lui murmurait : « N’aie crainte, lui dit-elle, tout ira bien. Crois en moi ! » Et dans une langue qui lui était inconnue : « Nach dem Regen, blüht des Segen. Alles Wetter geht vorbei. Sei getreu, sei getreu ! » (10)

Le crapaud épineux ( bufo spinosus ) ne pique pas ; il est affublé de cet adjectif trompeur car sa peau est recouverte de pustules qui secrètent un mucus gardant humide la peau de l’animal. Mais les deux glandes parotoïdes exocrines, situées en arrière des yeux, émettent un venin irritant censé repousser l’imprudent prédateur.
Rajâ Singh tout à coup se sentit réconforté. Il allait se rendre compte de la détermination incroyable qui motivait l’anoure.
Reprenant ses esprits, son attention fût vite attirée par un bruit sourd venant des entrailles de la terre. Bientôt, de l’antre terrestre sortirent des centaines, puis des milliers de Mandoukâ luisantes. Buste redressé, elles entonnaient en choeur un hymne étrange qui montait jusqu’au ciel. On crût entendre venant des profondeurs un troupeau de vaches en train de beugler.
Ils étaient cent, ils étaient mille, ils étaient cent mille ! Les anoures de toutes parts s’avançaient avec toute la vigueur que leur donnait la joie de chanter. Le temps enfin était venu de célébrer le mariage de l’eau et de la terre.
Un grondement soudain envahit l’espace, c’était à n’en pas douter les battements de tambour de la monture de Nandîshvara « le seigneur de Nandi », le Taureau céleste arrivant au galop (11).
On vit alors le ciel se couvrir de nuages qui se pressaient chargés d’un précieux butin.
Des gouttes d’or perlèrent en leur bord.
Et tout à coup, dans un éclair ébranlant les montagnes, la pluie tant attendue, longtemps tomba drue.
Des sources salvatrices, de toutes parts, se faufilèrent entre les arêtes de marbre jusqu’au fleuve qui grossissait à vue d’œil. D’immenses chutes d’eau se formèrent.
La terre se mit à verdir, les fleurs s’épanouirent. Les animaux sortirent de leur cachette où ils étaient reclus.
La vie peu à peu reprit ses droits. L’ordre fut rétabli. Les oiseaux volaient par-delà les nuages jusqu’à perte de vue. Ils réunirent leurs voix qui s’élevaient en un chorus majestueux :
« Qui mieux que les oiseaux, le langage sachant
Pouvaient être les médiateurs du firmament ?
Qui mieux que les oiseaux, sur la croupe du vent,
Pouvaient traverser les mers et les continents ?
Qui mieux que les oiseaux, au berceau babillant,
Pouvaient apprendre, à l’enfant naissant, l’art du chant ? »
Quant aux grenouilles faisant office de prêtres et tous les êtres ayant pouvoir de la parole, ils entonnèrent une Ode de consécration royale, comme une sublime offrande à l’Immanent.
Hymne du Ṛg Veda, communément appelé « les grenouilles », RV.VII.103 ; il est attribué au rishi vasiṣṭha maitrāvaruṇi.
[Notre traduction]
« D’un solstice à l’autre, en complète léthargie
Tels des brahmanes ayant fait de silence vie,
Dieu de la pluie les exhortant comme de droit,
Voici les grenouilles qui scandent de surcroît.
Lorsque les eaux venues du ciel ont arrosé
Celle qui n’était plus qu’une outre desséchée,
On l’entendit meugler comme vaches et veaux ;
Son coassement se propagea au troupeau.
Quand revînt la saison des pluies tant désirée
Elles n’eurent de cesse de s’agglutiner,
-Tel un fils accourant vers son père-, en criant :
« Aquala ! » ; l’une vers l’autre va s’exclamant.
L’une accrochée à l’autre l’étreint fermement,
Exaltée sous les pluies torrentielles sautant ;
La grenouille brillante à la verte s’unit
Chaque voix se mêlant à la polyphonie.
Quand l’une d’elle reprend de l’autre la parole
Comme l’élève celle du maître d’école,
Qui reprennent en chœur tout entier le verset
S’élève une intense clameur sur les marais.
L’on croit entendre une vache : c’est la rayée !
L’on croit entendre une chèvre : c’est la dorée !
Portant un semblable nom, sont de toutes sortes ;
Aux louanges, partout, les voilà qui exhortent !
Invoquant la nuit durant l’apprêt du nectar
Tels des prêtres officiants autour de la mare
Gonflée en ce jour sacré des pluies annuelles,
Voici rassemblées les grenouilles solennelles.
Inaugurant l’annuelle célébration,
Les chantres-artisans du soma elles sont !
Nulle d’entre elles ne demeure en sa cachette,
Par trop ardente à verser la liqueur extraite.
Se conformant tels des dieux à l’ordre du temps,
Qu’elles ont gardé douze mois secrètement
Faisant preuve en leur for d’une grande vaillance –
Les voici atteignant à la saison des pluies
Après avoir ardemment tant d’efforts fourni
Le but ultime qui mène à la délivrance.
C’est la dorée qui a de la vache la voix,
C’est la rayée qui a de la chèvre la voix
Invoquant sans relâche des dieux les faveurs ;
Puissions-nous les hommes d’en profiter avoir l’heur.
Plaise aux anoures en leur intense pressurage, (12)
De nous donner troupeaux de vaches par centaines,
De les mener à travers de bons pâturages
De nous accorder une existence pérenne. »
C’est ainsi que depuis ce jour béni, quelque part au bord du fleuve Narmada, des hommes et des femmes d’un petit village, se réunissent chaque année à la saison des pluies, la saison préférée de Mandoukâ. Ils adressent, en l’honneur du dieu Shiva, leurs vœux de bonheur à un couple de grenouilles dont ils célèbrent dans la joie le mariage du ciel et de la terre.
Au cours des cérémonies festives qui ont lieu célébrant l’auguste événement, les bardes ne manquent jamais de mentionner, en sa mémoire, le nom du râja Bakhat Singh.
Leurs chants content son histoire pour que nul ne l’oublie. Et surtout pour qu’à chaque nouvelle génération, on se souvienne qu’il fût – sa vie durant -, ce roi et nul autre qui resta fidèle à son égérie. Il lui voua corps et âme ; le moindre de ses gestes qu’il lui dédiait, était empreint d’une grande solennité. Rajâ Singh vécut très vieux, nul ne sait combien d’années il vécut, ainsi heureux. Son âme avait gardé la beauté de la jeunesse.
On raconte même qu’aux derniers instants de sa longue vie, sentant sa fin arrivée, il alla se cacher – une dernière fois – sous les palmiers où on l’entendit murmurer : « je crois entendre sa voix tendre et sonore comme un chant de ramiers ». (13)
Dans sa « Révolution du silence », Jiddhu Krishnamuri écrivit : « la tourterelle s’est envolée… la vérité est là où on ne regarde jamais. »
Denis Wagenmann, le Puech le 30 septembre 2026

Notes d’introduction
1 La Civilisation Védiquen’est pas connue pour son archéologie qui reste à découvrir ; elle est connue uniquement à travers le Veda, une collection séculaire d’hymnes aux dieux et de prières à caractère magique, cérémoniel ou domestique. Composé en sanskrit védique, Le Veda fut transmis oralement, avant qu’il soit rédigé, vers le xv ème siècle av JC, par leurs dépositaires les brahmanes lettrés. A l’origine, ceux qui composèrent ces hymnes ou selon la tradition, ceux à qui les dieux les ont révélés, proviendraient d’un peuple nomade descendu des hauts plateaux iraniens vers 1800 ans av JC. Celui-ci se dispersa d’abord dans des régions telles que le Cachemire et le Pendjab, avant de se sédentariser au VIIIè siècle av JC dans les bassins de l’Indus et du Gange.
2. Agogie ou agogique :
- Ce terme musical désigne les variations infimes de tempo, de dynamique et de nuances qu’un musicien donne à l’interprétation d’une œuvre musicale. Il est fortement tributaire de la respiration qu’on appelle le phrasé en musique, et plus subtilement de l’acoustique du lieu où se déroule précisément la performance musicale.
- En astronomie, ce terme nous semble également pouvoir rendre les variations des temps cosmologiques qui font que leur durée ne relève pas d’un simple mouvement d’horlogerie aussi précis soit-il. Par exemple, à l’échelle des temps astronomiques, la rotation de la terre, au cours des deux millénaires passés, accuse un retard de quelques heures en raison du freinage occasionné par les marées.
3 Savitri ou Savitar
Nom venant de la racine verbale tri- traverser ; conduire, guider ; de fait savitar précédé de sa est celui qui incite, anime bien et qui diffuse (vi) et donc rayonne ; savitar est le soleil par excellence ! l’un des dieux majeurs dans la cosmogonie védique comme Re dans l’Egypte antique, en tant que régulateur immuable du temps et le guide de toutes les créatures et donc des hommes qu’il conduit tout au long du jour et de nuit.
4 deva et asura : dieux et démons, autrement dit la part de lumière et celle d’ombre en chacun de nous, en proportion variable selon chacun, et pouvant se décliner en toutes sortes de qualités et de défauts… ; notez qu’à la fin du film, le bien l’emporte sur le mal. Pour toujours ?
5 rishi m sage, chantre et poète de la rac arc- louer, orner ; arci- nt rayon, flamme ; kavi a intelligent, « qui brille par son intelligence » ; m sage et poète, désigne aussi la planète Vénus ; kâvya- nt poème
6 l’ensemble des textes védiques comprend 4 mandala : le rig veda le plus ancien et les trois suivants sama, yajur et atharva
7 le vedânta ou fin de la période védique, comprenant entres autres les upanishad prononcez oupanichad des textes d’une grande profondeur, dont la fameuse mandukya upanishad « des adeptes de la grenouille », qui se penche sur le sens de la formule sacrée formée des trois phonèmes « A.U.M », lesquels sont contractées en OṀ, la nasale finale surmontée d’un point (bindu : prononcer bindou « goutte ») servant de résonance mystique. Cette syllabe est prononcée au début et à la fin la récitation des hymnes védiques, et lors de sa suspension momentanée. Le premier verset de la ma76ukya upani=ad explique que le son OṀ rassemble le tout en ce qui a été, ce qui est et ce qui sera.
8 Cet Etre de conscience est désigné dans les commentaires de Gaudapâda de la ma76ukya upani=ad comme le puruṣa prononcer pourousha, un autre mot du mot brahman, qui précise son acception : « dont le souffle engendre toute chose ».
10 La Parole vac, sans laquelle nous ne saurions rien de la Connaissance.
11 Dans le bouddhisme, la grenouille est symbole du renouveau et porte chance. Elle est vénérée au Japon dans un temple fondé en 729 à Ogori, qui lui est intégralement dédiée. En Inde, il existe également un sanctuaire à l’architecture « batracienne » à Oel dans le district de Lakhimpur Kheri (province de l’Uttar Pradesh), édifié selon une figure géométrique octogonale particulière, appelée mandoukâ yantra. Datant du 19ème siècle, sa construction est due à une commande d’un roi Rajput du nom de Bakhat Singh. Celui-ci ne parvenant pas à obtenir d’enfants, éleva ce temple dans l’espoir que le couple divin 0iva-0akti, personnifié par une grenouille, lui en accordât …
12 Le soma, comme le son OM, mériterait à lui tout seul un livre complet… C’est une boisson issue d’un processus de fermentation, à base de plantes sans qu’on ait pu déterminer précisément lesquelles. Cette liqueur censée faciliter l’accès au monde des dieux, était au centre du rituel sacrificiel védique, au cours duquel il était consommé.
13 Le brahman substantif neutre sg et pl est l’un des concepts majeurs dans le védisme et l’hindouisme plus généralement. Dans le Veda, il signifie la parole principielle. Son sens obvie de principe absolu, ne doit pas être confondu avec le vocable masc brahmana désignant celui qui rend compte du brahman et de sa parole.
Notes de la Fable
1 S’écoulant d’est en ouest dans un rift créé il y a 400 millions d’années par d’intenses tensions tectoniques, le fleuve Narmada, depuis les monts Maikala dans les forêts d’Armakantak (Madya Pradesh) où il prend sa source, traverse de nombreux paysages qu’il a patiemment façonnés telles les fameuses falaises de marbre près de Jabalpur. Les moussons provenant du golfe du Bengale alimentent son débit, occasionnant des crues monstrueuses et modifiant son cours. De vastes plaines en aval jusqu’à son embouchure se jetant dans le golfe de Cambay (Gujarat), doivent au fleuve, long de 1289 km, ses alluvions qui font de ce territoire l’un des plus fertiles.

2 Shiva (prononcer shiva)
3 mandukâ (prononcer mandoukâ) : mot désignant une grenouilles sans différenciation d’espèces.
On imagine sans peine que sur le sous-continent indien, région de l’Asie délimitée par l’Himalaya au nord et par l’océan Indien au sud et comprenant, outre l’Inde vaste comme six fois la France, le Bangladesh et le Pakistan, les animaux toutes espèces confondues sont extrêmement répandus et divers.
Parmi les familles de batraciens, que Rajhat Singh a pu entendre au bord de la Narmada figurait peut-être Hoplobatrachus tigerinus ou Grenouille-tigre une espèce d’amphibiens de la famille des Dicroglossidae dont le mâle change de couleur en devenant jaune vif, lorsqu’ a lieu la période d’accouplement. Une caractéristique et d’autres que n’ont sans doute pas manqué de remarquer également les peuples des temps védiques.
https://animalia.bio/fr/hoplobatrachus-tigerinus
https://xeno-canto.org/species/Hoplobatrachus-tigerinus
4 mantra : Les mantra védiques sont des versets du Ṛg veda, parfois des morceaux seulement, récités ou chantés accompagnant les gestes d’oblation lors des rites sacrificiels. Certains sont constitués de formules empruntées au Yajurveda ; d’autres intègrent des phonèmes répétés, (bījamantra ou mantra « germe », sur des mélodies (sāman) provenant du Samâveda, sans se rapporter nécessairement au rituel. Ils sont en quelque sorte décontextualisés de celui-ci tout en lui étant associés.

« Le chant formé d’une seule syllabe répétée généralement par strophe de deux ou trois de la huppe fasciée (upopa epops) appartiendrait-elle à cette catégorie de formule incantatoire dite »germe » ayant la structure d’un bīja mantra tels que ceux décrits par le chercheur sanskritiste Frits Staal ? Enregistrement le Puech Cantal le 01 juin 2023 Fréquences entre 500 et 650 hertz environ.
Et que dire alors du mâle de la chouette de Tengmalm (aegolius funereus), ‘l’alter echo’ de la huppe, implorant un partenaire la nuit durant ?
« Incantation » de chouette de Tengmalm, forêt de Murat Cantal le 24 mai 2026 vers 23h10.

Les mantra védiques, d’après Frits Staal, n’ont pas d’autre fonction et de signification que de permettre en les chantant d’accéder au silence primordial, un état d’apaisement correspondant à un âge d’or « hors du temps » et antérieur au langage parlé.
Selon lui (voir bibliographie), faisant état des recherches en éthologie, « il faut attribuer les mantra ainsi que le rituel à nos ancêtres animaux non humains », et qu’il convient de « considérer le rituel humain comme le remplacement ou la sublimation de la violence ». F.Staal fait référence notamment aux études de Konrad Lorenz à propos du comportement territorial des iguanes et de leur combat ritualisé.
On sait d’ailleurs que chez les passereaux, les chants territoriaux permettent d’éviter des affrontements directs qui seraient, s’ils venaient à se terminer par la mort d’un des protagonistes, particulièrement couteux, en ce qui concerne la pérennité de l’espèce.
Quant aux mantra et à leurs structures, il n’hésite pas à les comparer aux chants d’oiseaux et à d’autres animaux comme le chant des baleines, attribuant aux premiers -possiblement- l’origine du langage humain.
5 pattes palmées : chez les anoures, les mains (pattes antérieures) sont pourvues de 4 doigts, tandis que les pieds (pattes postérieures, servant entres autres à la propulsion dans le milieu aqueux), possèdent 5 orteils plus ou moins palmées. Les différentes variétés de grenouilles sont particulièrement adaptées à la nage.
6 Sanskrit : cette langue appartient à la grande famille des langues indo-européennes, et morphologiquement au groupe des langues dites flexionnelles, c’est-à-dire dont les mots prennent, par fléchissement, des formes très variables selon le rôle syntactique qu’ils occupent dans la phrase.
Les flexions se font par ajout d’éléments grammaticaux appelés affixes avant, dans ou après le radical (ou racine), pour en modifier le sens ou la fonction ; les affixes en terminaison du mot sont appelés désinences.
7 Photo-synthèse
Il faut considérer le processus de la photo-synthèse comme le fonctionnement d’une centrale solaire et biochimique, ramené à l’échelle cellulaire d’une plante, d’une algue ou d’une bactérie, produisant d’une part de l’énergie sous forme de sucre, et d’autre part absorbant le C02 tout en rejetant de l’oxygène O2 dans l’atmosphère.
Ce processus est d’une importance capitale dans la production d’oxygène sur terre et on le doit aux cyanobactéries apparues sur terre dans des eaux peu profondes, il y a un peu moins de trois milliards d’années. Elles ont été les premiers organismes à convertir en énergie le rayonnement solaire et ont largement contribué à rendre l’atmosphère terrestre respirable, et par là même à rendre possible le développement ultérieur d’autres formes de vie terrestres.
Ce qui est formidable, c’est que l’énergie obtenue – le glucose- est produite sur place, par le producteur lui-même, à partir de l’énergie inépuisable lui arrivant gratuitement, celle du soleil. Cette autonomie appelée autotrophie, c’est dire produisant sa propre nourriture, est assurée par des structures cellulaires végétales appelées chloroplastes, pourvus de pigments chlorophylliens, spécialement prévues pour recevoir et transformer les rayons solaires, grâce à des molécules porteuses d’énergie (adénosines triphosphates).
Ces structures chloroplastiques, présentes par centaines de milliers dans les tissus internes des feuilles (mésophylle foliaire) et des tiges, renferment des sortes de batteries baignant dans le fluide aqueux du stroma, ce sont les thylakoïdes qui emmagasinent les photons, provoquant des réactions biochimiques et produisant des molécules capables de stocker et de transférer l’énergie obtenue.
Le processus de la photosynthèse se fait en deux phases concomitantes et interdépendantes pour autant qu’il y ait à disposition du végétal la quantité suffisante de lumière, d’eau et de dioxyde de carbone.
- La phase photochimique : pendant que les racines de la plante puisent l’eau nécessaire à son métabolisme, la chlorophylle présente dans les chloroplastes capte l’énergie solaire. Il se produit alors, sous l’action de la lumière, une dé-composition (scission) des molécules d’eau en atomes d’hydrogène et d’oxygène, appelée photolyse, provoquant par évapotranspiration le rejet de dioxygène dans l’atmosphère, et plus de 90% d’eau que contient la plante, au moyen de ses stomates ouverts.
- La deuxième phase métabolique est appelée cycle de Calvin ; c’est au cours de cette phase que se fixe le CO2 dans le végétal
Ce cycle du nom d’un de ses découvreurs, désigne une série de réactions biochimiques, se produisant en boucle dans le stroma des chloroplastes chez les organismes photosynthétiques, après que l’énergie lumineuse ait été captée et stockée (phase 1).
Dans le cycle de Calvin, l’énergie lumineuse est transformée en énergie chimique, par le truchement d’enzymes, en particulier l’enzyme appelée Rubisco, et sous l’action de molécules organiques porteuses d’énergie comme l’ATP et la NADPH ,fournissant l’énergie nécessaire aux réactions chimiques du métabolisme dans les membranes cellulaires. C’est ce processus chimique qui fixe le dioxyde de carbone. Une fois fixé, le CO2 est réduit en un composé moléculaire, puis à nouveau converti en sucres complexes tel que le glucose, lesquels serviront à la croissance des végétaux.

A cela, en automne, lorsque la durée du jour diminue, le processus photosynthétique ralentit d’autant jusqu’à ce que la production de sucres s’arrête. L’activité chlorophyllienne n’ayant plus lieu, ce sont d’autres pigments qui entrent en jeu, comme les carotènes et les anthocyanes qui font jaunir les feuilles ou les font rougir, avant que celles-ci, sous-alimentées, finissent par tomber.
Le Puech Cantal le 24 août 2026
Remarque :
La photosynthèse se produit à la lumière du jour et est réglée selon l’horloge circadienne de la plante, par l’alternance jour/nuit et la durée de l’un et de l’autre. Cependant elle se poursuit la nuit de la manière suivante : à ce moment-là même sans apport d’énergie solaire ni d’eau, la plante continue à alimenter ses jeunes feuilles, ses tiges, ses fruits, ce qui lui permet de grandir, grâce aux glucides synthétisés durant le jour sous forme d’amidon et stockés dans les graines, les racines… En outre, des réserves sont formées dans les chloroplastes sous forme d’ATP. Parallèlement, au cours de la nuit, les stomates (valves microscopiques permettant les échanges gazeux) de la plante libèrent le CO2 en surplus, pendant qu’elles absorbent de l’oxygène.
Grâce à l’énergie lumineuse captée par les chlorophylles, l’eau et le dioxyde de carbone sont décomposés en sucre le glucose dont une partie fournit à la plante l’énergie nécessaire à son développement ; les glucides qui ne sont pas consommés, sont emmagasinés sous forme d’amidon dans les organes de réserves que sont les bulbes, les tubercules, les racines et les rhizomes ainsi que dans les graines.
Les chloroplastes contiennent, entre autres, des pigments chlorophylliens capables d’absorber les lumières rouge et bleue du spectre lumineux puis de les réfléchir en lumière verte. C’est la raison pour laquelle l’appareil végétatif de la plupart des plantes nous apparaît dans la gamme verte des couleurs.
8 La Pangée.
Avant qu’il ne se fragmentât inexorablement pendant 200 millions d’années pour donner les sept continents que nous connaissons aujourd’hui,
Pangaea », le supercontinent formé au Carbonifère avait réuni « toute terre (gaïa) » provenant de la lente dérive des continents Laurussia et Protogondwana.
9 Carbonifère
Période géologique se situant vers la fin de l’ère paléozoïque primaire (entre -360 millions et -290 millions d’année), au cours de laquelle d’importants gisements houillers se forment constitutifs à l’emprisonnement du carbone dans le sol pendant des millions d’années, suite à la fossilisation de la matière végétale enfouie.
Les forêts sont formées de grands arbres et de plantes sans fleurs comme des fougères arborescentes, dont la croissance est boostée par un taux de dioxygène dans l’atmosphère en quantité deux plus grande qu’aujourd’hui.
Les animaux présents sont eux aussi marqués par le gigantisme qui les caractérise : des myriapodes de 2m, des scorpions de 70cm, des blattes de 20cm sont quelques exemples donnant une idée de la taille que les êtres vivants pouvaient atteindre à cette période.
C’est aussi la période où apparaissent les amphibiens et les reptiles.
10 Paroles extraites de l’aria d’espoir « Sei getreu » de la cantate BWV12 de Jean Sébastien Bach. « après la pluie, fleurit l’abondance, toute tourmente s’apaise un jour. Sois fidèle, sois fidèle ! »
11 nandīśvara « le Seigneur Nandi », est dans la mythologie de l’hindouisme classique la monture de śiva, sous la forme d’un taureau. Il représente à la fois la force calme et joyeuse (de nand- se réjouir), et la fidélité à son maître auquel il s’est complètement voué.
12 Intense pressurage est notre traduction d’un mot composé signifiant littéralement milluple pressurage. Pressurer le soma consiste à en extraire le jus, après macération.
Pour bien comprendre tous les arcanes du pressurage, il faut se tourner vers les procédés de la vinification. Le pressurage du raisin arrivé à maturité, selon qu’il est pressé plus ou moins fort et longtemps, et plus ou moins macéré, libère le potentiel du fruit, en termes de force ou de légèreté, d’amertume ou de douceur, de couleur, de parfum… Il influence le profil organoleptique du vin, c’est-à-dire tout ce que l’on perçoit sensoriellement, par la vue, le nez et la bouche lors de sa dégustation.
Dans le cas du soma, probablement une plante ou un champignon, nous pensons – à tort ou à raison -, que l’expression de « millième pressurage » relève de la métaphore plus que tout autre .
13 nous prêtons ici à Raja Bakhat Singh quelques bribes de la romance de Nadir, le fameux air de Georges Bizet extrait de son opéra les Pêcheurs de perles.
Note finale :
Cette fable ou histoire contée, appelez-la comme vous l’entendez, est destinée aux enfants aussi bien qu’aux adultes ayant gardé quelque candeur. Ne pas craindre que les enfants s’endorment avant la fin, bien au contraire, ou ne comprennent pas certains mots. Surtout continuez à lire jusqu’au bout, tranquillement, pourvu que vous les prononciez doucement et en articulant. Les sons même en dormant, ils les entendront, c’est plus important que d’essayer de donner des explications, sauf si c’est l’enfant lui-même qui les demande ; nourrir l’imagination par la musique ou la lecture permet à l’enfant de grandir mieux, car ainsi son cerveau accueille des territoires nouveaux, élargit son horizon. Plus tard, viendra un jour peut-être où ils seront sensibles au sens autant qu’au son !
Pour aller plus loin :
Bibliographie / Sonographie (non exhaustives)
Sur les amphibiens :
- « Grenouilles, crapauds et compagnie » de Françoise Serre Collet, éditions Quae
- « Guide d’identification des amphibiens et des reptiles. » ouvrage collectif éditions Delachaux et Niestlé.
- « Au Pays Des Grenouilles » de Jean Claude Roché aux éditions Fréneaux associés
- « Chants des grenouilles, rainettes, crapauds… » de Fernand Deroussen label Naturophonia
Sur la photosynthèse :
- « La photosynthèse, processus physiques, moléculaires et physiologiques » de Jack Farineau et jean François Morot-Gaudrry éditions Quae
Sur le silence, les sons de la nature:
- « Histoire naturelle du silence » de Jerôme Sueur, éditions Acte Sud
- « Ecouter les oiseaux et les sons de la Nature », avec CD en option ; ouvrage collectif éditions Frémeaux et associés
Sur l’évolution :
- « Guide critique de l’évolution » ouvrage collectif, éditions Belin
Sur la Civilisation Védique :
- « Hymnes spéculatifs du Véda » de Louis Renou éditions Gallimard.
- « Cosmogonies védiques » de Jean Varenne, éditions les Belles Lettres
- « Jouer avec le Feu, pratique et théorie du rituel védique. » de Frits Staal éditions de Boccard
Autres ouvrages :
- Lao Tzeu : « La Voie et sa vertu » (Tao Tê King) François Houang et Pierre Leyris éditions Seuil « points sagesses »
- Jiddhu Krisnamurti : « La révolution du silence » éditions Stock+ (Françoise Ferraton en a donné un film actuellement au cinéma)
- Rabindranath Tagore . « L’offrande lyrique « éditions Poésie Gallimard


